20h20 chapitre 4
Et voilà (enfin) le chapitre 4. Je saurai samedi soir si cette nouvelle sera récompensée au petit concours auquel je me suis inscrit. Lexic
4
L’envie d’écrire me prend souvent comme une grosse envie de pisser. Ça arrive sans prévenir et je dois me soulager rapidement tellement le besoin est irrépressible. Je ne suis pas écrivain, loin de là, mais j’ai une certaine affection envers l’écriture et cela fait des années que nous entretenons elle et moi une relation privilégiée. Ce fut mon exutoire durant mon adolescence et un garde-fou salvateur qui m’empêcha bien souvent de commettre l’irréparable. Quand le besoin d’écrire se fait sentir, je n’ai pas vraiment l’impression que c’est moi qui agis, on dirait plutôt que je prête mon corps à un esprit supérieur qui aurait envie de pondre quelques belles phrases. Je ne suis alors plus que l’instrument lui permettant de s’exprimer.
C’est ainsi que quatre vers magnifiques vinrent à mon esprit alors que je regardais cette inconnue, fasciné par l’intensité de son regard. Comme d’habitude, j’étais pris au dépourvu et je n’avais rien pour noter. Si, dans ma veste se trouvait mon agenda avec un stylet intégré (quelle riche idée). Mais je n’allais pas écrire sur la table, au milieu de tous ces restes de bombances et à côté de ma chère moitié qui n’avait jamais été sensible à ma prose. Je décidai alors de courir m’enfermer aux toilettes, seul endroit susceptible de me procurer la tranquillité nécessaire pour accoucher de mes quelques mots.
Au sortir des toilettes, j’étais satisfait de ce qui était inscrit sur une des pages « notes » de mon agenda. Comme d’habitude, les mots étaient venus tout seuls, sans aucun effort.
Pendant ce temps, tout le monde était parti sur la piste de danse, sous l’impulsion d’un DJ plutôt bien inspiré. J’en eus conscience lorsque j’aperçus la table des mariés désertée tout comme sa table où seule, elle me regardait d’un air étonné.
Sans réfléchir, je m’arrêtai devant elle, ouvris mon agenda et lui fis découvrir ma dernière ponte.
Et se brise mon rêve
Sur l'écueil de ton cœur
Naufragé sans lueur
D'un espoir qui s'achève
Et avant même qu’elle n’eut le temps de réagir, une autre fulgurance traversa mon esprit. Je lui repris le papier des mains et me mis à griffonner quatre autres vers.
Et se fane la rose
Aux couleurs boréales
Quand tombent les pétales
De deux coeurs qui s'opposent
Elle m’écrivit alors quelque chose que je n’eus pas le temps de lire car ma copine vint m’alpaguer pour danser une salsa. Une dernière danse où l’on donna l’apparence d’un couple heureux, inconscient de l’abîme qui depuis trop longtemps déjà nous séparait.