20h20 chapitre 3

Publié le par Lexic

Et voici le troisième chapitre de 20h20. Qu'est-ce que je vous gâte, n'est-ce pas ? Il en reste encore deux autres à lire... Lexic

 

3

 

Non je ne me ferai pas avoir.

Les mariés avaient eu la drôle d’idée de faire une table « célibataires » et bien évidemment j’en faisais partie. Des trois nanas commises d’office, j’étais la seule susceptible d’intéresser les cinq bonhommes qui peut-être s’imaginaient ne pas rentrer seuls ce soir. J’ai toujours attiré les hommes. Toute petite déjà j’avais ma cour de prétendants qui se succédaient au pied de mon trône, guettant le moindre signe de bienveillance. Telle une reine intouchable, j’accordais selon mon humeur un regard compatissant à l’un ou à l’autre. Et lorsqu’à l’adolescence je pris des formes avantageuses, je n’eus aucun mal à trouver celui qui m’initia (plutôt mal d’ailleurs) à l’amour.

Je sentais bien que je plaisais à tous les mâles de la tablée, il y en avait même deux qui étaient plutôt mignons et qui auraient sans doute eu leur chance avec l’ancienne moi. Mais j’étais bien décidée cette fois à les ignorer et mon regard cherchait désespérement une échappatoire à leurs misérables tentatives de séduction.

Je tombai ainsi en arrêt sur un couple assis à la table la plus proche, celle des mariés : lui était quelconque avec un visage joufflu et quelque peu courroucé, il semblait en effet jeter un regard noir à sa compagne qui enchaînait les parts de gâteau avec délice. Je me demandais bien comment elle faisait pour avoir encore autant d’appétit après tout ce qu’on avait déjà ingurgité. Si effectivement elle semblait avoir quelques kilos en trop, lui n’avait pas besoin d’aller reprendre du dessert pour entretenir ses poignées d’amour. Je venais enfin de trouver mon gras-double pensais-je en riant intérieurement.

Je me demandais depuis quand ils se connaissaient et où ils en étaient dans leur histoire. Quand je vois dans la rue des couples qui semblent si heureux, je me dis souvent que ce n’est qu’une illusion, qu’ils vivent peut-être une grave crise et qu’ils sont peut-être sur le point de se séparer. J’arrête alors de les envier.

 

C’est alors qu’il leva les yeux et se mit à me fixer du regard. Merde, prise en flagrant délit de voyeurisme aggravé. Je n’avais même pas eu conscience que cela faisait plusieurs minutes que je les observais, lui en particulier. Pas le temps de faire sembler de regarder ailleurs, surtout qu’il y avait en arrière-plan un latino sur le retour qui ne demandait pas mieux que je m’intéresse à lui. Quitte à être grillée, je décidais alors de soutenir son regard qui dégageait ma foi un certain charme. Le charme de celui qui ignore qu’il voudrait mettre un terme à une histoire d’amour qui a trop duré.

Il se leva brusquement, j’ai cru qu’il avait lu dans mes pensées et qu’il allait se précipiter sur moi, je le voyais déjà m’invectiver en me hurlant aux oreilles quelque chose du genre : « mais bon Dieu, qu’est-ce que vous avez à me juger comme ça ? Foutez-moi la paix ! » Mais non, il se contenta de se diriger prestement vers les toilettes.

 

Moi qui avais cru avoir trouvé un mec normal, je venais encore de dénicher un déséquilibré ! Pourquoi tant d'empressement à aller au petit coin ? Je ne savais pas que mon regard pouvait déclencher un tel besoin incontrôlable !

 

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Publié dans histoires courtes

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